Note de lecture

Sigolène Vinson, avec une aquarelle de Catherine Meurisse, La requine, éds. Le tripode

Jules Romains, Le Vin blanc de la Villette, L’Échappée, 2026, 152 p., 15 euros.

Fort célèbre en son temps, Jules Romains (1885-1972), de son vrai nom Louis Farigoule, est né dans un petit village de Haute-Loire, Saint-Julien Chapteuil. Fils d’un instituteur, il suit son père à Paris, est élève du lycée Condorcet, étudie à l’École normale supérieure et devient agrégé de philosophie. Ecrivain, philosophe, poète et dramaturge, il est élu à l’Académie française en 1946 et produit sa vie durant une œuvre monumentale. Elle compte une trentaine d’essais, dix-sept pièces de théâtre, quatorze romans, treize recueils de poésie, deux trilogies romanesques (Psyché et Madame Chauverel) et surtout une fresque romanesque de vingt-huit volumes, Les Hommes de bonne volonté, écrite de 1932 à 1946. C’est cette dernière que la postérité a surtout retenu avec sa pièce Knock ou le Triomphe de la médecine montée au théâtre par Louis Jouvet en 1923 et qui a fait l’objet de plusieurs adaptations à la télévision et au cinéma jusqu’à nos jours. Jules Romains s’attèlera sa vie durant à un vaste projet artistique connu sous le nom d’« unanimisme » qui vise, selon ses propres termes, à saisir l’essence de la société comme « un vaste ensemble humain, avec une diversité de destinées individuelles qui y cheminent chacune pour leur compte, en s’ignorant la plupart du temps, et sans se demander s’il ne serait pas plus commode pour le romancier qu’elles allassent toutes se rencontrer par hasard au même carrefour ». Le but ne consiste donc plus pour un récit à envisager « la trajectoire des individus sur un mode linéaire […] mais le mouvement même qui les anime et les emporte, aussi bien délibérément qu’à leur insu », comme l’explique le préfacier. Le présent ouvrage en est une illustration.

Publié par Gallimard en 1923, ce livre, mi-roman mi-recueil de nouvelles suit deux prolétaires de la Belle époque, Bénin et Broudier, dans un café du quartier de la Villette, L’Ambassade, où se croisent les différentes corporations de ce port fluvial : camionneurs, charbonniers, cochers d’omnibus, débardeurs, éclusiers, etc. Au fil des conversations vont être évoqués des événements marquants du Paris ouvrier de l’époque, chacun racontant ses souvenirs à la première personne et suscitant éventuellement la discussion : les manifestations du 1er mai 1906 et 1907, les protestations indignées après le « Dimanche rouge » à Saint-Pétersbourg, la manifestation violente autour de l’ambassade d’Espagne après l’exécution de Francisco Ferrer à Barcelone en 1909, etc. Concernant la préparation de la journée de grève du 1er mai 1906, le témoin rapporte que des papillons collés un peu partout affirment « À partir du 1er mai 1906, nous ne travaillerons que huit heures » et a cette juste remarque : « Les bourgeois croyaient que c’était la fin du monde, et le populo avait l’air de croire que c’en était juste le commencement. » Mais le morceau de bravoure de ce petit livre est « la charge des autobus », un récit prenant, particulièrement réussi, d’une grève de chauffeurs d’autobus depuis sa préparation jusqu’à son coup d’éclat final.

Belle évocation des luttes sociales de la Belle époque à une époque où le mythe de la grève générale mobilise les syndicats, ce récit original est aussi un hommage aux quartiers ouvriers de l’Est parisien, la plupart du temps oubliés par la littérature.

Charles Jacquier

Sigolène Vinson, La requine, éds. Le tripode

La requine commence par une traversée du Styx : Sigolène Vinson, Charon d’elle-même, franchit la mer intérieure de Berre, des limbes « sans contour, sans contraste, […] un monde immobile, presque inerte » …

lire plus

Karim de Broucker, Y, éditions unicité

Y — simple et nue, je la regarde me regarder, m’appeler longtemps avant même d’ouvrir le livre. Elle ressemble à un arbre s’extrayant d’un mur. À un corps incarné et flottant. Deux bras ouverts. Deux chemins qui se séparent. Une bifurcation…

lire plus

Giorgio Agamben, La Voix humaine, Nous

« Il n’est pas de sujet plus important pour les philosophes que la voix » écrit Giorgio Agamben dans ce livre important, fruit de cinquante années de réflexion sur le phénomène de la voix. ..

lire plus

Michèle Finck, La voie du large, éd. Arfuyen

Elaboré durant le repli planétaire qui fut le nôtre en 2020, face à la propagation du Covid-19, le nouvel ouvrage de Michèle Finck, La voie du large – tout aussi bouleversant que le précédent, La Ballade des hommes-nuages…

lire plus

Pia Petersen, Dog Fiction, éditions Plon

Nous sommes tous admiratifs depuis une bonne vingtaine d’années de l’immense talent de l’écrivaine Pia Petersen qui bien que née au Danemark où elle a vécu jusqu’à ses 18 ans a choisi la langue française pour réaliser son œuvre littéraire…

lire plus

Le Journal des Poètes, numéro 3, 2025

Le Journal de poètes #3 2025 évoque la mémoire de Léon-Gabriel Gros, dont l’un des poèmes majeurs, Phœnix, a fourni son titre à notre revue. Le dernier livre d’Isabelle alentour, Chaque jour je lie, je relie, y est également recensé.

lire plus

Jean-Jacques Gandini, Le procès Papon, Le passager clandestin

Le 8 octobre 1997 débutait le procès de Maurice Papon (1910-2007) devant la cour d’assises de Bordeaux, après des années de batailles juridiques. C’est en effet en 1981 que les premières plaintes avaient été déposées contre l’accusé pour « crimes contre l’humanité » à l’initiative de victimes ou de leurs descendants…

lire plus

Anne Mulpas, Macadam donna (ça me trouble), éditions de Corlevour

Au magnifique catalogue des poètes parus aux éditions de Corlevour, Anne Mulpas vient ajouter une voix très sûre et singulière qui prend ici racine en Terre, Terra, Gaïa ou tapis des vaches, en toutes sortes de décors plantés pour faire entendre en un recueil polyphonique les « trois protagonistes du vivier »

lire plus

John Reed, Broadway la nuit et autres écrits, Nada

Le livre de John Reed, 10 jours qui ébranlèrent le monde, a connu depuis sa première publication en 1919 à New York de nombreuses traductions et d’innombrables rééditions, devenant un best-seller international depuis plus d’un siècle. Actuellement, en France, il en existe deux éditions de poche et plusieurs brochées, la meilleure et la plus complète étant sans doute celle des éditions Nada…

lire plus

Howard Fast, La route de la liberté, Les bons caractères

Auteur fécond et divers, le romancier et scénariste états-unien Howard Fast (1914-2003), d’origine juive ukrainienne, est l’auteur d’une cinquantaine de romans et de plusieurs recueils de nouvelles. Adhérent du Parti communiste américain, il figure aussi parmi les victimes de la commission McCarthy.

lire plus

Mélusine Reloaded, Laure Gauthier, éditions José Corti

Jour chômé_un temps pour soi. Derrière la porte close, choisir un livre, se laisser appeler. MÉLUSINE RELOADED > une fée pour recharger les batteries, trouver des munitions, celles du vivre et du créer. Un conte écoféministe, un roman dystopique… oui sans doute… mais avant tout un geste.

lire plus

Gérard Macé, Silhouette parlante, éditions Gallimard, par Etienne Faure

Pour celles et ceux qui ont la chance de lire régulièrement Gérard Macé, c’est toujours le sourire aux lèvres qu’ils abordent un de ses nouveaux ouvrages. Car cette voix très distincte, distinguée, feutrée – et même féroce– nous a habitué à lire avec cette légère distance focale entre les lignes de la vie qu’il donne à voir sous forme d’essais, de notes, de déambulations, de colportages…

lire plus

François Bordes, Zone perdue, par Anne Mulpas

Zone perdue – fragments d’itinérance. Je reprends ma chronique. Sa première version date déjà d’il y a trois semaines. A L’ours & la vieille grille. Sa deuxième version s’impose après mon cheminement dans l’exposition Rothko. Me voici au troisième temps du texte, à moins que ce ne soit le quatrième, le centième…

lire plus

Étienne Faure, Vol en V, éditions Gallimard – par Anne Gourio

Comme on suit, fasciné, la trajectoire des oiseaux migrateurs, le dernier recueil d’Etienne Faure puise dans le ballet aérien de leur « vol en V » un sens de l’élan, du franchissement, du frayage qui se nuance en légères et souples inflexions au fil des espaces traversés à tire-d’aile…

lire plus

Frédérique Guétat-Liviani, Il ne faudra plus attendre un train, éditions LansKine – par Étienne Faure

Ce recueil emprunte son titre à l’une des trois parties qui le composent : si c’était le cas, (passe) ; il ne faudra plus attendre un train. En découvrant cette composition, on pense spontanément à un ensemble où viendrait s’intercaler le texte de (passe). Puis l’œil et l’oreille distinguent vite une même voix, dans ces deux pans, deux partis pris formels différents dans le cheminement de l’écriture de Frédérique Guétat-Liviani.

lire plus

Le journal des poètes 1/2022 – par Nicolas Rouzet

Le Journal des Poètes, numéro 1 de l’année 2022 – La langue est aussi frontière, nous dit Jean-Marie Corbusier, pratiquer un art, c’est toujours ouvrir quelque chose qui est présent autour de nous. C’est d’un même esprit d’ouverture que témoignent les poètes luxembourgeois auxquels est consacré le dossier présenté par Florent Toniello. Ici les langues dépassent les frontières, elles se chevauchent…

lire plus