Note de lecture

Isabelle Junca, Pâques à Villeneuve, Édition Henry, « La main aux poètes », 2026.

Ce récit intime et fragmenté mêle mémoire familiale, poésie, guerre et amour. Il raconte les derniers jours d’un poète mourant, René, vu à travers les yeux de sa fille venue lui rendre visite dans une unité de soins palliatifs.

Le livre d’Isabelle Junca avance à voix basse. Tout y paraît fragile et nébuleux, comme dans certains rêves : les corps, les souvenirs, les mots eux-mêmes. Dans une chambre de soins palliatifs, une fille accompagne son père à la fin de sa vie. Il parle peu du présent. Des fragments du passé remontent, par éclats. La mémoire s’ouvre malgré tout. Peu à peu, le récit quitte le réel immédiat pour entrer dans une zone plus trouble, où les souvenirs, les poèmes et les visions se mêlent.

Une nuit de 1944 : le bombardement de Villeneuve-Saint-Georges. Le père, adolescent, assiste à la destruction du quartier des cheminots et à la disparition d’un cheminot amateur de poème et amoureux d’une réfugiée espagnole. Cette scène ne l’a jamais quitté. Des décennies plus tard, alors qu’il approche lui-même de la mort, elle revient avec une intensité hallucinante. Les morts semblent encore présents, leurs voix hantent le présent. Les images de cette nuit traversent le texte comme des visions. La typographie traduit ce mouvement.

La poésie rythme le récit : celle de Desnos, celle de René, celle d’Isabelle Junca elle-même, nervurée de dialogues : une écriture lente, musicale, traversée de répétitions, d’images et de jeux de mots fidèles à Rrose Sélavy. Les phrases avancent comme dans un rêve. Souvenir précis ? pensée intérieure ? hallucination ? Cette hésitation donne au texte sa profondeur mélancolique, sa force de saisissement. Le passé n’est jamais vraiment passé. Il reste là, sous les gestes quotidiens, sous les silences, dans les objets, les livres. La fille découvre peu à peu que son père a construit toute sa vie autour d’un souvenir d’amour et de mort dont il n’a presque jamais parlé.

Le récit parle alors moins de la guerre que de ses ravages chez les survivants : une mémoire trouée, des émotions impossibles à formuler et le besoin de transformer la douleur en récit. La guerre n’est pas un simple décor, un simple contexte ni un banal prétexte, c’est une blessure intérieure. Entre mémoire, poésie et rêve, ce livre tente d’opérer cette mue en gardant vives l’émotion et le souvenir de ce que Pierre Pachet appelait la violence du temps.

François Bordes

Giorgio Agamben, La Voix humaine, Nous

« Il n’est pas de sujet plus important pour les philosophes que la voix » écrit Giorgio Agamben dans ce livre important, fruit de cinquante années de réflexion sur le phénomène de la voix. ..

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Michèle Finck, La voie du large, éd. Arfuyen

Elaboré durant le repli planétaire qui fut le nôtre en 2020, face à la propagation du Covid-19, le nouvel ouvrage de Michèle Finck, La voie du large – tout aussi bouleversant que le précédent, La Ballade des hommes-nuages…

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Pia Petersen, Dog Fiction, éditions Plon

Nous sommes tous admiratifs depuis une bonne vingtaine d’années de l’immense talent de l’écrivaine Pia Petersen qui bien que née au Danemark où elle a vécu jusqu’à ses 18 ans a choisi la langue française pour réaliser son œuvre littéraire…

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Le Journal des Poètes, numéro 3, 2025

Le Journal de poètes #3 2025 évoque la mémoire de Léon-Gabriel Gros, dont l’un des poèmes majeurs, Phœnix, a fourni son titre à notre revue. Le dernier livre d’Isabelle alentour, Chaque jour je lie, je relie, y est également recensé.

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Jean-Jacques Gandini, Le procès Papon, Le passager clandestin

Le 8 octobre 1997 débutait le procès de Maurice Papon (1910-2007) devant la cour d’assises de Bordeaux, après des années de batailles juridiques. C’est en effet en 1981 que les premières plaintes avaient été déposées contre l’accusé pour « crimes contre l’humanité » à l’initiative de victimes ou de leurs descendants…

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Anne Mulpas, Macadam donna (ça me trouble), éditions de Corlevour

Au magnifique catalogue des poètes parus aux éditions de Corlevour, Anne Mulpas vient ajouter une voix très sûre et singulière qui prend ici racine en Terre, Terra, Gaïa ou tapis des vaches, en toutes sortes de décors plantés pour faire entendre en un recueil polyphonique les « trois protagonistes du vivier »

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John Reed, Broadway la nuit et autres écrits, Nada

Le livre de John Reed, 10 jours qui ébranlèrent le monde, a connu depuis sa première publication en 1919 à New York de nombreuses traductions et d’innombrables rééditions, devenant un best-seller international depuis plus d’un siècle. Actuellement, en France, il en existe deux éditions de poche et plusieurs brochées, la meilleure et la plus complète étant sans doute celle des éditions Nada…

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Howard Fast, La route de la liberté, Les bons caractères

Auteur fécond et divers, le romancier et scénariste états-unien Howard Fast (1914-2003), d’origine juive ukrainienne, est l’auteur d’une cinquantaine de romans et de plusieurs recueils de nouvelles. Adhérent du Parti communiste américain, il figure aussi parmi les victimes de la commission McCarthy.

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Mélusine Reloaded, Laure Gauthier, éditions José Corti

Jour chômé_un temps pour soi. Derrière la porte close, choisir un livre, se laisser appeler. MÉLUSINE RELOADED > une fée pour recharger les batteries, trouver des munitions, celles du vivre et du créer. Un conte écoféministe, un roman dystopique… oui sans doute… mais avant tout un geste.

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Gérard Macé, Silhouette parlante, éditions Gallimard, par Etienne Faure

Pour celles et ceux qui ont la chance de lire régulièrement Gérard Macé, c’est toujours le sourire aux lèvres qu’ils abordent un de ses nouveaux ouvrages. Car cette voix très distincte, distinguée, feutrée – et même féroce– nous a habitué à lire avec cette légère distance focale entre les lignes de la vie qu’il donne à voir sous forme d’essais, de notes, de déambulations, de colportages…

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François Bordes, Zone perdue, par Anne Mulpas

Zone perdue – fragments d’itinérance. Je reprends ma chronique. Sa première version date déjà d’il y a trois semaines. A L’ours & la vieille grille. Sa deuxième version s’impose après mon cheminement dans l’exposition Rothko. Me voici au troisième temps du texte, à moins que ce ne soit le quatrième, le centième…

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Étienne Faure, Vol en V, éditions Gallimard – par Anne Gourio

Comme on suit, fasciné, la trajectoire des oiseaux migrateurs, le dernier recueil d’Etienne Faure puise dans le ballet aérien de leur « vol en V » un sens de l’élan, du franchissement, du frayage qui se nuance en légères et souples inflexions au fil des espaces traversés à tire-d’aile…

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Frédérique Guétat-Liviani, Il ne faudra plus attendre un train, éditions LansKine – par Étienne Faure

Ce recueil emprunte son titre à l’une des trois parties qui le composent : si c’était le cas, (passe) ; il ne faudra plus attendre un train. En découvrant cette composition, on pense spontanément à un ensemble où viendrait s’intercaler le texte de (passe). Puis l’œil et l’oreille distinguent vite une même voix, dans ces deux pans, deux partis pris formels différents dans le cheminement de l’écriture de Frédérique Guétat-Liviani.

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Le journal des poètes 1/2022 – par Nicolas Rouzet

Le Journal des Poètes, numéro 1 de l’année 2022 – La langue est aussi frontière, nous dit Jean-Marie Corbusier, pratiquer un art, c’est toujours ouvrir quelque chose qui est présent autour de nous. C’est d’un même esprit d’ouverture que témoignent les poètes luxembourgeois auxquels est consacré le dossier présenté par Florent Toniello. Ici les langues dépassent les frontières, elles se chevauchent…

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