Note de lecture
Gérard Bocholier, Vers le visage, Éditions Le silence qui roule, par Hervé Martin
Gérard Bocholier, Vers le visage, Éditions Le silence qui roule, Juin 2023, 15€
Gérard Bocholier est l’auteur d’une quarantaine de livres de poésie. Il dirige la revue ARPA et est responsable de la rubrique poésie de l’hebdomadaire La Vie.
Avec une belle huile de Marie Alloy en couverture, le livre aux tonalités méditatives partage les sentiments du poète à l’entrée de la dernière partie de sa vie. C’est une suite poétique en trois temps dans les contrées de la vieillesse et à l’approche de la mort. Une période de la vie redoutée par tous vivants.
Trois ensembles composent l’ouvrage, Veilles, Une échancrure et Le visage. Ce dernier titre emprunté à la citation de Jean Grosjean en exergue du livre renvoie à la figure divine et rappelle la foi chrétienne de l’auteur. Sous des considérations différentes et complémentaires ces ensembles évoquent, empreintes de spiritualité, les pensées qui surgissent dans le déclin de l’âge.
Dans Veilles le poète revient sur son passé avec ces moments de méditations dont les poèmes témoignent. L’esprit vagabonde alors entre les réminiscences de l’enfance,
Mon écheveau
Depuis l’enfance
Tout emmêlé
et la perspective de cette fin de vie.
Derrière les haies
Les persiennes
Tu es à l’affût
Des beautés qui fascinent
Sans avoir peur du gouffre
Où tu es attendu
Les remémorations parsèment par fragments la matière des poèmes. L’écriture est allusive et peu descriptive. Seuls quelques mots comme des balises dans les vers donnent au lecteur un accès à des scènes mémorielles et visuelles.
Et c’est d’abord l’existence passée qui est questionnée au seuil de la vieillesse, où la mort n’est que rarement nommée sinon par allusions malgré la présence « des morts » dans le dernier ensemble. Elle est pourtant présente quand le pluriel de Veilles symbolise la succession des jours qui passent dans la hantise d’un ultime lendemain.
Avec des poèmes courts et des vers de peu de mots, l’écriture de Gérard Bocholier est resserrée pour ne conserver que l’essentiel. Dans Une échancrure la poésie est évoquée comme ce viatique indispensable qui accompagna l’existence du poète.
Papiers de mémoire
Serrant les miracles
Les éblouissements
Jour après jour
Viatiques pour un nomade immobile
Une existence où le poème parfois surgit comme un miracle :
Ainsi dans le poème
Une visitation
De grâce et de rosée
Le dernier ensemble Le Visage esquisse une vie après la mort sur le versant de la ferveur religieuse et imagine des derniers instants en mêlant la pensée des vivants à la mémoire des morts.
La solitude
A ses tendresses
Elle cherche les mains des morts
Pour les baiser
C’est dans une forme d’examen de conscience que l’auteur partage des bribes de sa mémoire avec la vitalité de sa vie spirituelle. Il inventorie les sentiments qui mûrissent en lui au cours de cette période précédant cette fin annoncée. Mais dans ce contexte de la vieillesse qui avance le poète fait face au réel. Il sait toujours surprendre parmi les interstices de ses heures, la beauté des éclats qui surgissent. Il les capte avec discernement et sérénité pour poursuivre son chemin, en trouvant son viatique dans la beauté des jours qui se lèvent.
En fin de vie
Mais non d’espérance
Il découvre
La question
Dont la fenêtre mouillée
Chaque matin
Offre la réponse
Hervé Martin

Florence Delay, Zigzag, par Serge Airoldi
Tout livre de Florence Delay arrive toujours avec son remarquable cortège de vivacité malicieuse, d’ardeur intacte, d’intelligence sans cesse renouvelée
François Migeot, Au fil de la chute, par Pierrick de Chermont
L’écrivain, que peut aussi être le poète, ne se recoupe pas forcément. Par exemple, entre l’essayiste de l’Art Romantique et le poète des Fleurs du mal
Jean Luc Marion, La métaphysique et après, par Pierrick de Chermont
Cet ouvrage, comme souvent chez l’académicien phénoménologue, est un récit fleuve portant sur l’enquête historique d’un concept : celui de la métaphysique
Robert Desnos, Poèmes de Minuit – par Jean-Paul Rogues
On ne peut s’empêcher de penser au dîner où un officier allemand déclare « il paraît que l’on vient d’arrêter vos deux plus grands poétes »
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« Nous vivons en présence d’un Érasme de notre temps et nous ne le savions pas ». Voilà ce que nous nous disions lors d’une soirée suivant un récital de poésie…
Jean-Paul Bota, Lieux, éditions Tarabuste – par Étienne Faure
Voici avec Lieux le dernier recueil de Jean-Paul Bota. Un titre qui ressemble décidément à l’auteur et à toute son œuvre
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Finissant ce récit, je m’écriai pour moi-même : « Que de souvenirs pour une sans-mémoire !
Pierre Bergounioux, La Gorge, Fata Morgana – par Jean-Paul Rogues
Avec La Gorge, Pierre Bergounioux entre dans le cercle de ceux, les rares qui, par leur prose, nous font franchir un seuil…
Ariel Spiegler, Le Mélange de l’eau, Corlevour – par Anne Mulpas
Soir de février — 33e jour d’hiver sans pluie, souffle Iannis devant la Nouvelle Étoile
Au lendemain matin, François notre café-retrouvailles un poème…
Luis Mizon, par Sylvestre Clancier
Notre ami, le poète Luis Mizon, membre de l’Académie Mallarmé, nous a quittés à l’âge de 80 ans, le 30 décembre dernier.
Stéphane Barsacq, Solstices, Corlevour – par Pierrick de Chermont
Faut-il s’intéresser à nouveau à la Morale, entendue comme un pan de la littérature où une voix exprime sa vie intérieure sous forme de monologue, d’interrogations, de quête, de résolutions ; parlant de sa vitalité et de sa misère…
François Sureau, Un an dans la forêt, Gallimard – par Pierrick de Chermont
Blaise Cendrars. Un nom, un un-ivers, et pourtant il dégage une telle prolixité qu’il décourage toute tentative d’approche. En effet, quoi de commun entre la Prose du Transsibérien, Poèmes élastiques, Moravagine, Pâques à New York, L’Or, La main coupé, Petits contes nègres, etc. ?
Ervé, Écritures carnassières, Maurice Nadeau, coll. à vif – par Pierrick de Chermont
S’il est un livre à lire en 2023, c’est bien celui d’Ervé, un récit-témoignage construit par fragments, un texte à hauteur d’homme. Une vie de dignité depuis la DDASS jusqu’aux trottoirs, avec ses défonces, ses couches de vêtements…
Séverine, L’insurgée, L’échappée – par Charles Jacquier
Sympathisante libertaire et proche de Jules Vallès, Sévérine (Caroline Rémy, dite – 1855-1929) fut l’une des premières femmes journalistes. Au cours de sa vie, elle écrira plus de 6 000 articles…
Jack London, La peste écarlate, Libertalia – par Charles Jacquier
Publié en 1912, ce court roman d’anticipation méconnu de Jack London (1876-1916) imagine le sort de l’humanité, ou de ce qu’il en reste, quelques dizaines d’années après qu’elle a été frappée par un virus meurtrier.
Guy Debord, Histoire, L’échappée – par Charles Jacquier
Après les volumes Stratégie, Poésie etc., Marx Hegel (voir Phoenix, n° 32 & 36), ce nouveau volume des fiches de lecture de Guy Debord, conservées à la Bibliothèque nationale de France, est consacré à l’histoire.
Étienne Faure, Vol en V, éditions Gallimard – par Anne Gourio
Note de lectureComme on suit, fasciné, la trajectoire des oiseaux migrateurs, le dernier recueil d’Etienne Faure puise dans le ballet aérien de leur « vol en V » un sens de l’élan, du franchissement, du frayage qui se nuance en légères et souples inflexions au fil des espaces traversés à...
Justyna Bargielska, L’enfant des dons, éditions LansKine – par Étienne Faure
C’est en version bilingue, grand luxe en ces temps, que le sixième recueil de la poète polonaise, Justyna Bargielska, est présenté par Isabelle Macor, traductrice, qui donne quelques repères décisifs en postface pour une entrée en matière dans ces trente-trois textes…
Frédérique Guétat-Liviani, Il ne faudra plus attendre un train, éditions LansKine – par Étienne Faure
Ce recueil emprunte son titre à l’une des trois parties qui le composent : si c’était le cas, (passe) ; il ne faudra plus attendre un train. En découvrant cette composition, on pense spontanément à un ensemble où viendrait s’intercaler le texte de (passe). Puis l’œil et l’oreille distinguent vite une même voix, dans ces deux pans, deux partis pris formels différents dans le cheminement de l’écriture de Frédérique Guétat-Liviani.
Eric Villeneuve, Tache jaune Monochrome bleu Sorte de blanc, éditions LansKine – par Étienne Faure
Eric Villeneuve est-il un grand enfant, nourri aux contes et au Danemark d’Andersen, entre Odense et Skagen ? Cet auteur qu’on a pris l’habitude de lire sous la rubrique « roman », livre ici un recueil un rien hybride qui prend son départ dans la force des mots, leur indépendance, dont, à la source, ceux de « Jensens, Brohus Odense ».
Thierry Romagné, Trois feux de langue, éditions Rehauts – par Étienne Faure
Un recueil qui commencerait par « Ahh, ahh, brr ! » et se clôturerait par « enfin en feu » serait bien prometteur. Un texte polyglotte prêt à tout. C’est en effet ce qui arrive au lecteur en découvrant cet étonnant et riche ensemble dont certains poèmes, pour notre bonheur, avaient d’abord paru dans plusieurs revues.
Le journal des poètes 1/2022 – par Nicolas Rouzet
Le Journal des Poètes, numéro 1 de l’année 2022 – La langue est aussi frontière, nous dit Jean-Marie Corbusier, pratiquer un art, c’est toujours ouvrir quelque chose qui est présent autour de nous. C’est d’un même esprit d’ouverture que témoignent les poètes luxembourgeois auxquels est consacré le dossier présenté par Florent Toniello. Ici les langues dépassent les frontières, elles se chevauchent…