Note de lecture

La voie du large, Michèle Finck, éd. Arfuyen

Elaboré durant le repli planétaire qui fut le nôtre en 2020, face à la propagation du Covid-19, le nouvel ouvrage de Michèle Finck, La voie du large[1] – tout aussi bouleversant que le précédent, La Ballade des hommes-nuages, où elle tissait des liens entre amour et psychiatrie –, nous invite à parcourir avec elle les moments clés éprouvés durant cette période : la perte de l’aimée, l’omniprésence du doute bousculant le sens de l’existence et de la création, le rapport à l’autre, à la musique et à tant d’autres choses. Elle nous rappelle ainsi la cruauté de situations que nombre d’entre nous avons traversées, mais partage aussi celles, plus personnelles, où l’hypersensibilité de son être solitaire accueille comme des cadeaux les coïncidences, les signes de la vie, notamment le retour mémoriel de l’enfance et de ses tout premiers émerveillements…

Ne pas pouvoir enterrer une personne que l’on chérit, existe-t-il pire épreuve ? Alors, écrire pour la retrouver dans les mots. Dans l’écriture et la musique quand cette dernière rejoint dans ses thèmes le sacré, la croyance, ou tout du moins son questionnement. Ici, dans l’isolement sanitaire, la musique est un solide viatique. À travers elle, voilà le retour de l’enfance, du père et de la force de leurs liens… Et le livre devient « le tombeau de [s]es morts », renfermant les deux êtres qui l’ont fondée.

Elle retrouve ainsi des habitudes anciennes, et avec elles, des anecdotes-repères, structurantes, dont l’évocation renouvelle l’émotion, le désir de poursuivre le chemin. La musique, sa première passion avant la poésie, lui permet de tenir debout, lui donne la force de dépasser l’impensable, l’insupportable du moment. Et pour finir, en musicienne, elle nous offre un livre parfaitement rythmé en sept parties, autonomes, et d’une architecture impeccable. « Accomplir l’âpre ébauche », voilà la tâche énigmatique à laquelle Michèle Finck se confronte en écrivant, mais de cette difficulté, de cette mission de longue haleine, elle tente sans relâche d’extraire l’essence du vivant.

Ascèse, obscurité, retrait du monde… et la souffrance, son pendant ? Alors, le retrait pour goûter au large, « que je plonge à l’intérieur de moi, tout au fond, dans une eau si froide qu’elle me brûlerait »…

Mais, par où commencer, comment commencer…
« Le doute. Rugueux. Seul terreau de l’ébauche. »
« Poème : l’autre nom du doute ? »

Ainsi, écrire pour repousser le doute… Et Dieu dans tout ça ?
« Doute-t-il lui aussi ? »

Le doute ?
« il nous rend vivant » ; « m’illumine » ; « ouvre le large ».

Ce qui est délicieux chez Michèle Finck, et dans ce livre en particulier, c’est la manière qu’elle a de nous embarquer dans ses réflexions sur l’acte d’écriture, la poésie, la création, mais aussi à l’intérieur de questionnements philosophiques, existentiels, qu’elle adresse à celles et ceux qui l’ont accompagnée dans sa fondation, qu’ils appartiennent aux domaines littéraire, musical ou même mythologique.

Dans ce récit autobiographique savamment orchestrée, qui convoque pour se faire nombre de formes littéraires concertantes – poème, prose, récit, lettre… –, il s’agit pour elle de faire entendre au plus près ce qui se passe dans son for intérieur. Or, l’une des choses les plus difficiles à déployer est bien le partage de nos émotions, tout en lui gardant la finesse et l’acuité de pensée qu’elles nous procurent, loin du vague. Elle le fait à merveille.

La voie du large, de Michèle Finck, éd. Arfuyen, 224 p., 17,50 €.

[1] Michèle Finck a obtenu le prix Vénus Khoury-Ghata 2024 pour ce livre.

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Le Journal de poètes #3 2025 évoque la mémoire de Léon-Gabriel Gros, dont l’un des poèmes majeurs, Phœnix, a fourni son titre à notre revue. Le dernier livre d’Isabelle alentour, Chaque jour je lie, je relie, y est également recensé.

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Au magnifique catalogue des poètes parus aux éditions de Corlevour, Anne Mulpas vient ajouter une voix très sûre et singulière qui prend ici racine en Terre, Terra, Gaïa ou tapis des vaches, en toutes sortes de décors plantés pour faire entendre en un recueil polyphonique les « trois protagonistes du vivier »

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Le livre de John Reed, 10 jours qui ébranlèrent le monde, a connu depuis sa première publication en 1919 à New York de nombreuses traductions et d’innombrables rééditions, devenant un best-seller international depuis plus d’un siècle. Actuellement, en France, il en existe deux éditions de poche et plusieurs brochées, la meilleure et la plus complète étant sans doute celle des éditions Nada…

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Auteur fécond et divers, le romancier et scénariste états-unien Howard Fast (1914-2003), d’origine juive ukrainienne, est l’auteur d’une cinquantaine de romans et de plusieurs recueils de nouvelles. Adhérent du Parti communiste américain, il figure aussi parmi les victimes de la commission McCarthy.

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Mélusine Reloaded, Laure Gauthier, éditions José Corti

Jour chômé_un temps pour soi. Derrière la porte close, choisir un livre, se laisser appeler. MÉLUSINE RELOADED > une fée pour recharger les batteries, trouver des munitions, celles du vivre et du créer. Un conte écoféministe, un roman dystopique… oui sans doute… mais avant tout un geste.

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Gérard Macé, Silhouette parlante, éditions Gallimard, par Etienne Faure

Pour celles et ceux qui ont la chance de lire régulièrement Gérard Macé, c’est toujours le sourire aux lèvres qu’ils abordent un de ses nouveaux ouvrages. Car cette voix très distincte, distinguée, feutrée – et même féroce– nous a habitué à lire avec cette légère distance focale entre les lignes de la vie qu’il donne à voir sous forme d’essais, de notes, de déambulations, de colportages…

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François Bordes, Zone perdue, par Anne Mulpas

Zone perdue – fragments d’itinérance. Je reprends ma chronique. Sa première version date déjà d’il y a trois semaines. A L’ours & la vieille grille. Sa deuxième version s’impose après mon cheminement dans l’exposition Rothko. Me voici au troisième temps du texte, à moins que ce ne soit le quatrième, le centième…

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Étienne Faure, Vol en V, éditions Gallimard – par Anne Gourio

Comme on suit, fasciné, la trajectoire des oiseaux migrateurs, le dernier recueil d’Etienne Faure puise dans le ballet aérien de leur « vol en V » un sens de l’élan, du franchissement, du frayage qui se nuance en légères et souples inflexions au fil des espaces traversés à tire-d’aile…

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Frédérique Guétat-Liviani, Il ne faudra plus attendre un train, éditions LansKine – par Étienne Faure

Ce recueil emprunte son titre à l’une des trois parties qui le composent : si c’était le cas, (passe) ; il ne faudra plus attendre un train. En découvrant cette composition, on pense spontanément à un ensemble où viendrait s’intercaler le texte de (passe). Puis l’œil et l’oreille distinguent vite une même voix, dans ces deux pans, deux partis pris formels différents dans le cheminement de l’écriture de Frédérique Guétat-Liviani.

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Le journal des poètes 1/2022 – par Nicolas Rouzet

Le Journal des Poètes, numéro 1 de l’année 2022 – La langue est aussi frontière, nous dit Jean-Marie Corbusier, pratiquer un art, c’est toujours ouvrir quelque chose qui est présent autour de nous. C’est d’un même esprit d’ouverture que témoignent les poètes luxembourgeois auxquels est consacré le dossier présenté par Florent Toniello. Ici les langues dépassent les frontières, elles se chevauchent…

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