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Note de lecture

Le journal des poètes 1/2022 – par Nicolas Rouzet

Le Journal des Poètes, numéro 1 de l’année 2022

La langue est aussi frontière, nous dit Jean-Marie Corbusier, pratiquer un art, c’est toujours ouvrir quelque chose qui est présent autour de nous.

C’est d’un même esprit d’ouverture que témoignent les poètes luxembourgeois auxquels est consacré le dossier présenté par Florent Toniello. Ici les langues dépassent les frontières, elles se chevauchent. Le Luxembourg est un petit territoire où se pose pour tous les auteurs la question de savoir dans quelle langue écrire. Leur choix se porte souvent sur plusieurs d’entre elles. Les plus jeunes, comme Freyo Daro, Fernando Martins da Mota et Tom Weber, écrivent en anglais. La passion multilingue est poussée au paroxysme chez Luc Van den Bossche qui mêle dans ses vers, tout en rupture, quatre ou cinq langues différentes. Un seul auteur privilégie ici la langue luxembourgeoise, c’est Samuel Hamen.

Pour certains de ces auteurs, le Luxembourg est un pays d’adoption, pour d’autres, celui qu’ils ont quitté.

La plupart s’éloignent d’un certain lyrisme à la française, sauf peut-être la Belge Marie-Pierre Antoine qui dessine un très beau portrait de Prague dévastée par le tourisme, ou Anna Leader qui vit aux Etats-Unis et fait penser à une sorte de Louise Labé moderne : D’une chose te veux mettre à la page: /prétendre à la perfection je n’ose, / mais je t’aime et essaye d’être sage.

D’autres interrogent l’Être et notre rapport au monde, ainsi Mario Velasquez : le présent et le passé existent en même temps / comment se fait-il que l’on s’éloigne / puisque l’on vit ensemble / nous traversons les moments ; ou encore Antoine Pohu Dehors il fait froid /À l’intérieur on n’a pas le droit d’être / Sur un caillou je dessine des sourires qui n’ont jamais existé.

Nathalie Ronvaux traque le dépouillement dans une écriture ciselée : Voilà, les yeux se ferment / Repos temporaire tassé sous les paupières d’une ville.

Alexandra Shahrezaie retranscrit la poésie du quotidien et des objets : Je bois un café et je fume/à l’âge où on choisit ses drogues /j’étais encore dans la banalité /sur la cuisinière il y a les restes du dîner. Camel Tahireddine consacre un blason aux lèvres : Elles ne se toucheront en aucun cas / Tant qu’on essayera / La tentation de les joindre si intense /Que rien d’autre n’a de sens.

On trouvera également dans la rubrique Paroles en archipel des textes de Patrick Hellin, David Jauzion-Graverolles, Richard Roos-Weil, Christian Sapin, Alexandra Sashe, Pierre-Yves Soucy et pour la rubrique consacrée aux Voix nouvelles, celle de Julien Goossens.

Nicolas Rouzet

 

 

Étienne Faure, Vol en V, éditions Gallimard – par Anne Gourio

Note de lectureComme on suit, fasciné, la trajectoire des oiseaux migrateurs, le dernier recueil d’Etienne Faure puise dans le ballet aérien de leur « vol en V » un sens de l’élan, du franchissement, du frayage qui se nuance en légères et souples inflexions au fil des espaces traversés à...

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Frédérique Guétat-Liviani, Il ne faudra plus attendre un train, éditions LansKine – par Étienne Faure

Ce recueil emprunte son titre à l’une des trois parties qui le composent : si c’était le cas, (passe) ; il ne faudra plus attendre un train. En découvrant cette composition, on pense spontanément à un ensemble où viendrait s’intercaler le texte de (passe). Puis l’œil et l’oreille distinguent vite une même voix, dans ces deux pans, deux partis pris formels différents dans le cheminement de l’écriture de Frédérique Guétat-Liviani.

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