Note de lecture
Y de Karim de Broucker, éditions unicité, 2026
Chronique de ciel qui lit, Anne Mulpas
Nommé. Être nommé.
Agar s’égare dans son désert trop plein. Une lettre pour titre. Une seule.
Y — simple et nue, je la regarde me regarder, m’appeler longtemps avant même d’ouvrir le livre. Elle ressemble à un arbre s’extrayant d’un mur. À un corps incarné et flottant. Deux bras ouverts. Deux chemins qui se séparent. Une bifurcation. De l’enfance, le sang remue, palpite mène à l’âge du choix — s’il en est un. Le recueil s’ouvre. C’est dit, c’est écrit : au premier embranchement, le monde se renifle :
… ainsi va flairant / les visages / ma narine.
Et le recueil avance par reconnaissances fugitives et cognitives. Une odeur. Un son. Lire le monde, s’y lier par la truffe et le pied.
…des cigües / à l’odeur de femme en sueur/j’avance nu/sous mes pas les escargots que j’écrase/ que je tue
La vie, la mort — le vide, palpable lui aussi.
Y —
à la croisée d’un chemin, ciel qui lit suit non les souliers d’une demoiselle mais le son d’un collier rouge qui chante mieux que sa gorge elle-même. Se retrouve nez à nez avec I, un iota d’expérience. Une étincelle. Rime dans le plumage d’une tourterelle. Les pierres se libèrent de leur gangue de glaise. Dans l’I, l’épouvantable, l’interdit, les tentations (trois, soyons précis !)
…comme si/ne m’autorisais à jouir de la vie qu’en me la/ravissant
…un spectre que je me forge
Qui saisit qui ? Est-ce l’œil, l’oreille , la langue; l’infime membrane de _ quoi ? De quelle matière sommes-nous faits, de quel bois alimenter la page à venir de la joie ? Une litanie des tissus (« baptiste », « percale », « byssus », « organdi », « linon », etc.), une théorie sensible de la membrane. Tout paraît hanté par cette question : de quoi sommes-nous séparés ?
V se plante alors dans la page, soutenu d’un verbe de quatre lettres en minuscules et grasses abysses :
tuer
la peur s’éduque, bourgeonne en ses racines : éteindre un feu, veiller, défendre, avoir l’œil sur… rebond de la tête et du cœur, l’œil chute sur quatre autres lettres, celles de
voir — et dès lors le mot ramifie.
De l’œil et de la mort, poème, son radical. Tuer et voir secrètement reliés, dès lors Rame à Saint-Charles, tout le monde regarde :
avec dans l’oreille comme unique repère / de la folle vitesse sous la rame le souffle des roues puisque nous sommes tous bien incapables de renoncer à voir
L’inquiétude pointe plus aigüe quand Boulevard Notre-Dame, poème pour l’amie défunte, fenêtres manques-à- voir, des trous dans le réel nous happent. Les lieux sont une chambre de résonance où quelque chose d’intérieur se manifeste. Ciel-qui-lit ne rêve pas : elle a vu la chair, la nageoire, l’apparition. Livre en main, nulle preuve pourtant ne tient. Le regard est souffrance. Torture. Accident. Vision imposée. Quand enfin survient mistral. Le vent traverse le monde. Les arbres, les racines, les fissures et soudain :
prive / les animaux sauvages / du sens de la vue.
Les lieux cessent d’être des lieux. Ils deviennent davantage qu’eux-mêmes. Et ce souffle porte sa révélation :
regarder / pour baigner // voir / pour ne pas vivre.
Livre de questions (un sourire pour Edmond Jabès) L’angoisse circule entre les êtres comme une sève obscure. Elle passe du tronc au corps. Du corps à la pierre. De la pierre au paysage. Elle change de forme sans jamais disparaître. Sous le poirier, une blessure. Sous la blessure, une mémoire. Sous la mémoire, un manque. Sous le manque, une voix, presque inaudible.
Alors, comment nommer ce qui se retire ? Comment parler de l’absence, son entaille, sans la refermer ? Comment continuer à adresser la parole à ce qui semble s’être tu ? Avec une autre lettre.
C de la convocation. Des comptes. Des (re)commencement. Des seuils. Cercle demi-ouvert comme si le poète revenait sans cesse vers un endroit très ancien de la parole. Au « canto » peut-être. Un endroit où l’être-monde n’est pas encore tout à fait séparé de ce qui le traverse. « Les yeux du Seigneur sont en tout lieu. » (Proverbes 15,3) Les frontières absorbent l’errance, épongent la résistance. Et la peur, en exergue, est, elle aussi, d’une énonciation simple et nue : j’ai peur et bien sûr mémorielle :
à l’idée de penser / contre ce que père / m’a appris de dieu / je tremble
Faute et filiation. À la troisième place de l’alphabet, trouver son endroit dans l’envers de la perception :
inversement aussi puissant / que le bond en arrière hors la mort
Alors A.
L’alphabet dans le désordre des flots pousse toujours plus loin l’immersion. Marée d’arbres, d’insectes, de rues et de corps. Comme un poisson, ciel qui lit éprouve la
naissance de ses branchies, le mouvement incongru de ses nageoires. Une autre
« idée » suit son courant, l’angoisse est éclosion :
l’agonie / se présente sous forme de mille éclosions colorées
Le poème demeure dans l’ouverture. Dans la déchirure. Dans ce moment fragile où quelque chose affleure sans se laisser saisir. Et c’est là que la lecture devient peut-être la plus belle, la plus forte. Dans la possibilité de demeurer auprès de l’énigme. Sans impatience. Comme on veille un feu. Ou comme on regarde tomber la lumière sur un mur en fin d’après-midi. En cette cinquième lettre choisie, étrangement la couleur imprègne la conscience, les émotions se teintent et se nuancent. Ce que nous offre M, ce n’est pas que Marseille mais mille couleurs, mille changements d’état. La couleur vit, elle migre, la piste reprend en dialogue du vertige > feuille ® fruit ; vivant ® mort ; jour ® nuit ; corps ® souvenir ; naufrage ® disparition ; enfance ® apparition ; eau ® lumière ; ville ® vision.
love
GLADIVS
ἐγένετο
amour
glaive
est devenu
Ce n’est plus métamorphose mais contamination. Toujours, lumineuse au fil des pages, sorry pour les références pêle-mêle : la lumière comme un lys / la lumière comme un lierre / un faible point de braise / barattée de lumière / le soleil blanc ou bien encore l’aube souveraine.
La mort n’assombrit rien. Au Jardin du tombeau, elle réunit même plus qu’elle ne sépare. À la sixième station du recueil. Une dernière lettre comme un dernier foyer qui pourrait être le premier. D comme ce qui demeure, ce qui se dépose. Ce qui se transmet en déchirures fécondes :
visage-femme monté / au tranchant de l’abîme
Présence approchée, pressentie, désirée, parfois crainte, mais rarement saisie… Alors quelle absence, quelle traversée épelle-t-on ? À la fin du recueil de Karim de Broucker, la lettre Y est toujours là, flottante derrière mes yeux. Bras ouverts, intime bifurcation, elle continue d’ouvrir je ne sais quelle promesse.
Anne Mulpas
Paris, 22 juin 2026
Julie Anselmini et Jean-Louis Vincendeau, Archives du rêve, Exopotamie
Professeure à l’université de Caen Normandie et éminente spécialiste d’Alexandre Dumas Julie Anselmini révèle une autre facette de son talent. Elle nous invite à pénétrer dans un univers à la fois ludique et mystérieux…
Isabelle Junca, Pâques à Villeneuve, Édition Henry
Ce récit intime et fragmenté mêle mémoire familiale, poésie, guerre et amour. Il raconte les derniers jours d’un poète mourant, René, vu à travers les yeux de sa fille …
Giorgio Agamben, La Voix humaine, Nous
« Il n’est pas de sujet plus important pour les philosophes que la voix » écrit Giorgio Agamben dans ce livre important, fruit de cinquante années de réflexion sur le phénomène de la voix. ..
Michèle Finck, La voie du large, éd. Arfuyen
Elaboré durant le repli planétaire qui fut le nôtre en 2020, face à la propagation du Covid-19, le nouvel ouvrage de Michèle Finck, La voie du large – tout aussi bouleversant que le précédent, La Ballade des hommes-nuages…
Murièle Camac, Une odeur de fiction, Éditions Exopotamie
En un « e » le mot mythique devient matière malléable. En un « e » plus que discret, ça joue, s’est joué, s’est rejouable. Ça ouvre comme un travelling peut-être déjà conscient de ses artifices…
Noëlle Mathis, Je parle pas la langue, éditions Isabelle Sauvage
Entrer dans Je parle pas la langue, ce n’est pas éprouver un « manque de langue », pas même celui d’une langue étrangère au sens le plus immédiat, mais c’est se tenir d’emblée dans un lieu d’ombres et de lumières tressées…
Stig Dagerman, La seule chose insensée est d’accepter le possible, Quiero
Publiés en France par Maurice Nadeau à partir des années 1960, les principaux écrits de Stig Dagerman (1923-1954) ont depuis été traduits en français…
Gustave Flaubert, Conservateurs qui ne conservez rien, Allia
En 1871, Gustave Flaubert (1821-1880) écrit une lettre au conseil municipal de Rouen qui sera publiée pour la première fois dans le quotidien Le Temps le 26 janvier 1872…
Victor Serge, Les hommes dans la prison, Libertalia
En 1930, quand ce roman est publié pour la première fois chez Rieder, Victor Kibaltchitch, dit Victor Serge (1890-1947), alors âgé de quarante ans, a déjà derrière lui une longue vie militante…
Pia Petersen, Dog Fiction, éditions Plon
Nous sommes tous admiratifs depuis une bonne vingtaine d’années de l’immense talent de l’écrivaine Pia Petersen qui bien que née au Danemark où elle a vécu jusqu’à ses 18 ans a choisi la langue française pour réaliser son œuvre littéraire…
Le Journal des Poètes, numéro 3, 2025
Le Journal de poètes #3 2025 évoque la mémoire de Léon-Gabriel Gros, dont l’un des poèmes majeurs, Phœnix, a fourni son titre à notre revue. Le dernier livre d’Isabelle alentour, Chaque jour je lie, je relie, y est également recensé.
Tahar Djaout : Les vigiles, éditions du Seuil
Même si la France, voici dix ans, a subi de plein fouet le terrorisme islamique, nous n’avons ici qu’une vague idée de la chape de terreur qui s’abattit sur l’Algérie au tournant des années 90….
Jean-Jacques Gandini, Le procès Papon, Le passager clandestin
Le 8 octobre 1997 débutait le procès de Maurice Papon (1910-2007) devant la cour d’assises de Bordeaux, après des années de batailles juridiques. C’est en effet en 1981 que les premières plaintes avaient été déposées contre l’accusé pour « crimes contre l’humanité » à l’initiative de victimes ou de leurs descendants…
Elena Gouro, Les petits chameaux du ciel, éditions AEncrage & Co
Il y a des livres et des auteurs – des autrices – qui n’existent dans une langue que grâce à la conviction d’un traducteur qui décide d’endosser avec ténacité un ouvrage – une œuvre – pour le porter à la connaissance d’un public posté sur l’autre rive…
Anne Mulpas, Macadam donna (ça me trouble), éditions de Corlevour
Au magnifique catalogue des poètes parus aux éditions de Corlevour, Anne Mulpas vient ajouter une voix très sûre et singulière qui prend ici racine en Terre, Terra, Gaïa ou tapis des vaches, en toutes sortes de décors plantés pour faire entendre en un recueil polyphonique les « trois protagonistes du vivier »
Laurence Verrey, De la soif, Bernard Campiche éditeur
L’expérience de la traversée est la seule expérience » écrivait Christian Gabriel/le Guez Ricord dans Rosace. Comment ne pas éprouver ici, dans ces pages de Laurence Verrey, le témoignage d’une telle pratique ?
John Reed, Broadway la nuit et autres écrits, Nada
Le livre de John Reed, 10 jours qui ébranlèrent le monde, a connu depuis sa première publication en 1919 à New York de nombreuses traductions et d’innombrables rééditions, devenant un best-seller international depuis plus d’un siècle. Actuellement, en France, il en existe deux éditions de poche et plusieurs brochées, la meilleure et la plus complète étant sans doute celle des éditions Nada…
Howard Fast, La route de la liberté, Les bons caractères
Auteur fécond et divers, le romancier et scénariste états-unien Howard Fast (1914-2003), d’origine juive ukrainienne, est l’auteur d’une cinquantaine de romans et de plusieurs recueils de nouvelles. Adhérent du Parti communiste américain, il figure aussi parmi les victimes de la commission McCarthy.
Mélusine Reloaded, Laure Gauthier, éditions José Corti
Jour chômé_un temps pour soi. Derrière la porte close, choisir un livre, se laisser appeler. MÉLUSINE RELOADED > une fée pour recharger les batteries, trouver des munitions, celles du vivre et du créer. Un conte écoféministe, un roman dystopique… oui sans doute… mais avant tout un geste.
Benjamin Schlevin, Les Juifs de Belleville, L’échappée
Depuis 2023, la collection « Paris perdu » s’attache à un monde pourtant pas si lointain, mais bel et bien disparu tout en affirmant : « Si le vieux Paris n’est plus, sa nostalgie, plus belle encore, demeure »…
Mathieu Nuss, Accro et mélomaniaque, éditions Esdée
Poète, musicien, revuiste, lecteur critique, entre autres, Mathieu Nuss livre ici un singulier ouvrage aux (toutes neuves) éditions Esdée qui promeuvent la rencontre des artistes et des livres…
Jean-Claude Pinson, Vies de philosophes, éditions Champ Vallon, par Etienne Faure
Beaucoup de philosophes naguère étaient poètes. L’étroite imbrication de la poésie et de la philosophie est certes ancienne mais varie selon les époques dans un échange où la philosophie pense la poésie et où le poème pressent la philosophie et la révèle…
Jacques Vincent, Mémographies, éditions Henry, par Etienne Faure
En saisissant le petit volume de Jacques Vincent « Mémographies (Roman) » on trouve un recueil à sa main, en effet, comme un bel outil compact et adapté pour dire beaucoup en peu d’espace. Et voilà qu’on découvre un livre dense et concis annoncé également comme « roman »…
Gérard Macé, Silhouette parlante, éditions Gallimard, par Etienne Faure
Pour celles et ceux qui ont la chance de lire régulièrement Gérard Macé, c’est toujours le sourire aux lèvres qu’ils abordent un de ses nouveaux ouvrages. Car cette voix très distincte, distinguée, feutrée – et même féroce– nous a habitué à lire avec cette légère distance focale entre les lignes de la vie qu’il donne à voir sous forme d’essais, de notes, de déambulations, de colportages…
Guillaume Métayer, Mains positives, éditions la rumeur libre, par Etienne Faure
On connaît Guillaume Métayer pour son activité de traducteur qu’il mène de longue date avec passion et persévérance, en de nombreuses langues, de nombreuse voix centre-européennes, certes différentes et cependant étroitement voisines, géographiquement s’entend…
Christophe Mahy, Au bout du compte, suivi de L’âme au large, Gallimard, par Étienne Faure
C’est en deux titres que le nouveau recueil de Christophe Mahy se présente : Au bout du compte, suivi de L’âme au large. Des titres qui s’apparenteraient de prime abord à un bilan et à un éloignement en périphérie de la vie, vers ses embouts : l’enfance et la mort…
Filippo De Pisis, Mais un peu de ta grâce, traduction Franck Merger, Alidades Bilingues, par Karim De Broucker
Depuis les rives du lac d’Annecy, où est sise la maison d’édition Alidades, un bien joli papillon s’est venu poser sur le bord de nos mains : un choix de poèmes de Filippo de Pisis (1896-1956), d’ordinaire mieux connu comme peintre.
Pierrick de Chermont, M. Quelle, Poèmes en prose avec cinq aquarelles de Marianne K. Leroux, L’atelier du grand Tétras, par Karim De Broucker
Dans ce nouveau livre de poésie, Pierrick de Chermont a le toupet malicieux d’user du terme définir pour présenter son personnage éponyme comme étant « le portrait de celui ou celle qui n’en ont pas », ou bien comme « jardinier, électricien ou homme d’affaires »…
Patrick Chastenet, Introduction à Bernard Charbonneau, La Découverte, par Charles Jacquier
Déjà auteur en 2019 d’une Introduction à Jacques Ellul dans la même collection, Patrick Chastenet livre ici un utile et roboratif petit livre d’initiation aux idées de son compère personnaliste et écologiste gascon, longtemps oublié et méconnu…
Joë Bousquet, Au seuil de l’indicible, éditions Arfuyen, textes rassemblés et présentés par Claude Le Manchec
Il y a tout juste un an paraissait dans le numéro de Novembre-Décembre de la revue Europe un « dossier Joë Bousquet » (1987-1950), présenté par Jean-Gabriel Cosculluela…
Christine Guinard, Ils passent et nous pensent, éditions unicité, par Nicolas Rouzet
Ceux qui passent et nous pensent ce sont ces 450 000 républicains, réfugiés de la guerre civile espagnole, qui traversent à pied les Pyrénées à partir de février 1939, pour arriver en France où ils sont ( mal ) accueillis…
Marilyne BERTONCINI et Wanda MIHULEAC, Sable (Sand), Ed Transignum, par Murielle COMPÈRE-DEMARCY
Ici, le livre de Sable s’écoule comme le temps file entre nos doigts au rythme de la figure maternelle dont la perte ouvre une brèche, franchissable, mais inguérissable, et dont le souvenir avant l’irruption de sa survenue demeure infrangible…
Gaëlle Fonlupt, A la chaux de nos silences, ed. Corlevour, par Anne Mulpas
D’un titre – à l’oeil, ce qu’il cherche à entendre de lui-même et du monde. D’un titre, son pouvoir d’accroche, d’évocation. Ciel-qui-lit, ESPRIT ET CIE flashent quelques images en excès de vitesse…
Panaït Istrati, Présentation des Haïdoucs, L’échappée, par Charles Jacquier
Présentation des Haïdoucs est le troisième volume de la tétralogie de l’écrivain roumain d’expression française Panaït Istrati (1884-1935) Les Récits d’Adrien Zograffi, mais chacun d’entre eux peut être lu séparément et celui-ci ne fait pas exception à la règle…
Justin Delareux, Écrase-mémoire, Pariah, par François Bordes
« Poète n’est pas doué pour habiter le monde, c’est le monde qui l’habite, et fait de lui un éternel passeur d’errances. » Justin Delareux est de ceux-là…
Serge Airoldi, Micmac Mécanic, ed. de l’Attente, par Anne Mulpas
Avant, juste au seuil du Tout premier jour — Jarry & Pasolini. Carpe, écrevisse, tanche… ciel-qui-lit se fait serrer direct par un « lacet magique ». Micmac Mécanic. Quezako ?…
L’Atelier Contemporain, 10 ans, 200 livres, une Maison, par Bernadette Engel-Roux
Aujourd’hui que nous ne recevons (presque) plus de catalogues d’éditeurs (certains se rappellent peut-être ces petits cartons insérés dans chaque ouvrage et qu’il suffisait de remplir et renvoyer pour « être tenu informé de nos publications »…
François Bordes, Zone perdue, par Anne Mulpas
Zone perdue – fragments d’itinérance. Je reprends ma chronique. Sa première version date déjà d’il y a trois semaines. A L’ours & la vieille grille. Sa deuxième version s’impose après mon cheminement dans l’exposition Rothko. Me voici au troisième temps du texte, à moins que ce ne soit le quatrième, le centième…
Alicia Dujovne Ortiz, La Maréchale rousse, par Charles Jacquier
Journaliste, biographe, critique littéraire et romancière, Alicia Dujovne Ortiz, née en 1940 à Buenos Aires, s’est exilée en France en 1978 au moment de la dictature militaire et y vit encore aujourd’hui…
Jean-Patrick Manchette, Derrière les lignes ennemies (Entretiens 1973-1993), par Charles Jacquier
Le lecteur se demandera peut-être pourquoi ce recueil de vingt-huit entretiens avec l’auteur de polars Jean-Patrick Manchette (1942-1995) porte ce titre martial, plus adapté à un traité de stratégie….
Colette Klein, Après la fin du monde, par Sylvestre Clancier
Ce livre préfacé par Antoine Spire, président du PEN Club français, est à la fois beau et fort. Il est même poignant par l’expression poétique de son auteure qui mieux que d’autres sait dire la tragédie de l’humain…
Max Alhau, En d’autres lieux, par Sylvestre Clancier
En d’autres lieux, le nouveau livre /poème de Max Alhau, transporte dans un ailleurs familier celles et ceux qui lisent et apprécient l’œuvre poétique de ce poète contemporain majeur…
Élisée Reclus, Histoire d’une montagne Histoire d’un ruisseau, par Charles Jacquier
En 1869, huit ans après la publication de son premier livre – en dehors des guides de voyage auxquels il a déjà collaboré, Voyage à la Sierra Nevada de Sainte-Marthe –, le géographe Élisée Reclus (1830-1905) publie Histoire d’un ruisseau.
Cécile A. Holdban, Osselets, par Anne Gourio
Poursuivant dans Osselets sa veille attentive du sensible, Cécile A. Holdban offre dans son dernier recueil un ensemble de très brefs poèmes associés en séries…
Matthieu Gimenez, L’étendue de la lumière, par Nicolas Rouzet
L’étendue de la lumière, c’est celle que parcourt le jour, entre l’aube, midi et la nuit, les trois temps qui ponctuent ce recueil. Il y a quelque chose du veilleur chez Matthieu Gimenez.
Julie Nakache, Le sang des filles, par Nicolas Rouzet
L’auteur s’empare du thème de la filiation, celle d’une lignée de femmes : reines-mères-guerrières-sorcières…
Dominique Sorrente, Ici ne tient jamais en place, par Nicolas Rouzet
Pas besoin de vous faire un dessin pour vous dire que Dominique Sorrente est un méditerranéen…
Gérard Bocholier, Vers le visage, Éditions Le silence qui roule, par Hervé Martin
Gérard Bocholier est l’auteur d’une quarantaine de livres de poésie. Il dirige la revue ARPA et est responsable de la rubrique poésie de l’hebdomadaire La Vie.
Florence Delay, Zigzag, par Serge Airoldi
Tout livre de Florence Delay arrive toujours avec son remarquable cortège de vivacité malicieuse, d’ardeur intacte, d’intelligence sans cesse renouvelée
François Migeot, Au fil de la chute, par Pierrick de Chermont
L’écrivain, que peut aussi être le poète, ne se recoupe pas forcément. Par exemple, entre l’essayiste de l’Art Romantique et le poète des Fleurs du mal
Jean Luc Marion, La métaphysique et après, par Pierrick de Chermont
Cet ouvrage, comme souvent chez l’académicien phénoménologue, est un récit fleuve portant sur l’enquête historique d’un concept : celui de la métaphysique
Robert Desnos, Poèmes de Minuit – par Jean-Paul Rogues
On ne peut s’empêcher de penser au dîner où un officier allemand déclare « il paraît que l’on vient d’arrêter vos deux plus grands poétes »
Frédéric Boyer, Évangiles, Gallimard – par Pierrick de Chermont
« Nous vivons en présence d’un Érasme de notre temps et nous ne le savions pas ». Voilà ce que nous nous disions lors d’une soirée suivant un récital de poésie…
Jean-Paul Bota, Lieux, éditions Tarabuste – par Étienne Faure
Voici avec Lieux le dernier recueil de Jean-Paul Bota. Un titre qui ressemble décidément à l’auteur et à toute son œuvre
Sabine Huynh, Elvis à la radio, Maurice Nadeau – par Pierrick de Chermont
Finissant ce récit, je m’écriai pour moi-même : « Que de souvenirs pour une sans-mémoire !
Pierre Bergounioux, La Gorge, Fata Morgana – par Jean-Paul Rogues
Avec La Gorge, Pierre Bergounioux entre dans le cercle de ceux, les rares qui, par leur prose, nous font franchir un seuil…
Ariel Spiegler, Le Mélange de l’eau, Corlevour – par Anne Mulpas
Soir de février — 33e jour d’hiver sans pluie, souffle Iannis devant la Nouvelle Étoile
Au lendemain matin, François notre café-retrouvailles un poème…
Luis Mizon, par Sylvestre Clancier
Notre ami, le poète Luis Mizon, membre de l’Académie Mallarmé, nous a quittés à l’âge de 80 ans, le 30 décembre dernier.
Stéphane Barsacq, Solstices, Corlevour – par Pierrick de Chermont
Faut-il s’intéresser à nouveau à la Morale, entendue comme un pan de la littérature où une voix exprime sa vie intérieure sous forme de monologue, d’interrogations, de quête, de résolutions ; parlant de sa vitalité et de sa misère…
François Sureau, Un an dans la forêt, Gallimard – par Pierrick de Chermont
Blaise Cendrars. Un nom, un un-ivers, et pourtant il dégage une telle prolixité qu’il décourage toute tentative d’approche. En effet, quoi de commun entre la Prose du Transsibérien, Poèmes élastiques, Moravagine, Pâques à New York, L’Or, La main coupé, Petits contes nègres, etc. ?
Ervé, Écritures carnassières, Maurice Nadeau, coll. à vif – par Pierrick de Chermont
S’il est un livre à lire en 2023, c’est bien celui d’Ervé, un récit-témoignage construit par fragments, un texte à hauteur d’homme. Une vie de dignité depuis la DDASS jusqu’aux trottoirs, avec ses défonces, ses couches de vêtements…
Séverine, L’insurgée, L’échappée – par Charles Jacquier
Sympathisante libertaire et proche de Jules Vallès, Sévérine (Caroline Rémy, dite – 1855-1929) fut l’une des premières femmes journalistes. Au cours de sa vie, elle écrira plus de 6 000 articles…
Jack London, La peste écarlate, Libertalia – par Charles Jacquier
Publié en 1912, ce court roman d’anticipation méconnu de Jack London (1876-1916) imagine le sort de l’humanité, ou de ce qu’il en reste, quelques dizaines d’années après qu’elle a été frappée par un virus meurtrier.
Guy Debord, Histoire, L’échappée – par Charles Jacquier
Après les volumes Stratégie, Poésie etc., Marx Hegel (voir Phoenix, n° 32 & 36), ce nouveau volume des fiches de lecture de Guy Debord, conservées à la Bibliothèque nationale de France, est consacré à l’histoire.
Étienne Faure, Vol en V, éditions Gallimard – par Anne Gourio
Comme on suit, fasciné, la trajectoire des oiseaux migrateurs, le dernier recueil d’Etienne Faure puise dans le ballet aérien de leur « vol en V » un sens de l’élan, du franchissement, du frayage qui se nuance en légères et souples inflexions au fil des espaces traversés à tire-d’aile…
Justyna Bargielska, L’enfant des dons, éditions LansKine – par Étienne Faure
C’est en version bilingue, grand luxe en ces temps, que le sixième recueil de la poète polonaise, Justyna Bargielska, est présenté par Isabelle Macor, traductrice, qui donne quelques repères décisifs en postface pour une entrée en matière dans ces trente-trois textes…
Frédérique Guétat-Liviani, Il ne faudra plus attendre un train, éditions LansKine – par Étienne Faure
Ce recueil emprunte son titre à l’une des trois parties qui le composent : si c’était le cas, (passe) ; il ne faudra plus attendre un train. En découvrant cette composition, on pense spontanément à un ensemble où viendrait s’intercaler le texte de (passe). Puis l’œil et l’oreille distinguent vite une même voix, dans ces deux pans, deux partis pris formels différents dans le cheminement de l’écriture de Frédérique Guétat-Liviani.
Eric Villeneuve, Tache jaune Monochrome bleu Sorte de blanc, éditions LansKine – par Étienne Faure
Eric Villeneuve est-il un grand enfant, nourri aux contes et au Danemark d’Andersen, entre Odense et Skagen ? Cet auteur qu’on a pris l’habitude de lire sous la rubrique « roman », livre ici un recueil un rien hybride qui prend son départ dans la force des mots, leur indépendance, dont, à la source, ceux de « Jensens, Brohus Odense ».
Thierry Romagné, Trois feux de langue, éditions Rehauts – par Étienne Faure
Un recueil qui commencerait par « Ahh, ahh, brr ! » et se clôturerait par « enfin en feu » serait bien prometteur. Un texte polyglotte prêt à tout. C’est en effet ce qui arrive au lecteur en découvrant cet étonnant et riche ensemble dont certains poèmes, pour notre bonheur, avaient d’abord paru dans plusieurs revues.
Le journal des poètes 1/2022 – par Nicolas Rouzet
Le Journal des Poètes, numéro 1 de l’année 2022 – La langue est aussi frontière, nous dit Jean-Marie Corbusier, pratiquer un art, c’est toujours ouvrir quelque chose qui est présent autour de nous. C’est d’un même esprit d’ouverture que témoignent les poètes luxembourgeois auxquels est consacré le dossier présenté par Florent Toniello. Ici les langues dépassent les frontières, elles se chevauchent…