Note de lecture

Gustave Flaubert, Conservateurs qui ne conservez rien, Allia, 48 p.

En 1871, Gustave Flaubert (1821-1880) écrit une lettre au conseil municipal de Rouen qui sera publiée pour la première fois dans le quotidien Le Temps le 26 janvier 1872. L’auteur de L’Éducation sentimentale y exprime sa vive irritation contre les édiles de cette municipalité qui viennent de refuser d’accorder un espace public en vue de l’édification d’un monument à la mémoire de son ami d’enfance, l’écrivain et poète Louis Bouilhet (1821-1869) qui avait été le conservateur de la bibliothèque de la ville. C’est ce texte qui est reproduit ici, complété d’une utile mise au point contextuelle de l’éditeur, « La saine colère de Gustave Flaubert ».

Fidèle à l’ami de toujours qui, avec Maxime du Camp (1822-1894), l’avait encouragé et soutenu durant la rédaction de Madame Bovary, Flaubert réfute vertement les quatre objections émises par la majorité du conseil municipal contre l’offre qu’il avait faite « d’édifier gratis, sur une des places ou dans une des rues de la ville à votre choix, une fontaine ornée du buste de Louis Bouilhet ». Particulièrement indigné par l’argument selon lequel, en substance, le « mérite littéraire de Bouilhet est insuffisant », Flaubert fulmine et invite les édiles à laisser la critique littéraire, qui est une « distraction en dehors de [leur] compétence ».  Ils devraient s’occuper de choses plus sérieuses, comme divers projets abandonnés d’aménagement de la ville qui seraient de leur ressort s’ils n’avaient pas été entreposés dans ce que Flaubert nomme joliment le « Muséum des projets ajournés ». Et s’adressant à eux, Flaubert leur dit la phrase que l’éditeur a choisi comme titre de cet article : « Conservateurs qui ne conservez rien… ». Poursuivant sa diatribe, Flaubert appelle les « classes éclairées » à s’éclairer elles-mêmes tant elles manifestent de « mépris pour l’intelligence », au risque de voir le pays s’abîmer « de plus en plus entre une démagogie hideuse et une bourgeoisie stupide ».

Lu, ou relu, par les temps qui courent, ce pamphlet virulent peut amener le lecteur à des réflexions plus actuelles. Qu’en est-il en effet de ceux qui se présentent aujourd’hui comme des conservateurs et qui, dans le monde, des États-Unis à la Russie, prétendent le diriger ? Face à des guignols aussi sinistres que malfaisants, la plus élémentaire lucidité devrait conduire à rappeler les mots d’Albert Camus, comme un viatique pour de sombres temps : « Chaque génération, sans doute, se croit vouée à refaire le monde. La mienne sait pourtant qu’elle ne le refera pas. Mais sa tâche est peut-être plus grande. Elle consiste à empêcher que le monde se défasse[1]. »

Charles Jacquier

[1] Albert Camus, Discours de Suède [1958], Folio/Gallimard, 2017, p. 17-18.

Pia Petersen, Dog Fiction, éditions Plon

Nous sommes tous admiratifs depuis une bonne vingtaine d’années de l’immense talent de l’écrivaine Pia Petersen qui bien que née au Danemark où elle a vécu jusqu’à ses 18 ans a choisi la langue française pour réaliser son œuvre littéraire…

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Le Journal des Poètes, numéro 3, 2025

Le Journal de poètes #3 2025 évoque la mémoire de Léon-Gabriel Gros, dont l’un des poèmes majeurs, Phœnix, a fourni son titre à notre revue. Le dernier livre d’Isabelle alentour, Chaque jour je lie, je relie, y est également recensé.

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Jean-Jacques Gandini, Le procès Papon, Le passager clandestin

Le 8 octobre 1997 débutait le procès de Maurice Papon (1910-2007) devant la cour d’assises de Bordeaux, après des années de batailles juridiques. C’est en effet en 1981 que les premières plaintes avaient été déposées contre l’accusé pour « crimes contre l’humanité » à l’initiative de victimes ou de leurs descendants…

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Anne Mulpas, Macadam donna (ça me trouble), éditions de Corlevour

Au magnifique catalogue des poètes parus aux éditions de Corlevour, Anne Mulpas vient ajouter une voix très sûre et singulière qui prend ici racine en Terre, Terra, Gaïa ou tapis des vaches, en toutes sortes de décors plantés pour faire entendre en un recueil polyphonique les « trois protagonistes du vivier »

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John Reed, Broadway la nuit et autres écrits, Nada

Le livre de John Reed, 10 jours qui ébranlèrent le monde, a connu depuis sa première publication en 1919 à New York de nombreuses traductions et d’innombrables rééditions, devenant un best-seller international depuis plus d’un siècle. Actuellement, en France, il en existe deux éditions de poche et plusieurs brochées, la meilleure et la plus complète étant sans doute celle des éditions Nada…

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Howard Fast, La route de la liberté, Les bons caractères

Auteur fécond et divers, le romancier et scénariste états-unien Howard Fast (1914-2003), d’origine juive ukrainienne, est l’auteur d’une cinquantaine de romans et de plusieurs recueils de nouvelles. Adhérent du Parti communiste américain, il figure aussi parmi les victimes de la commission McCarthy.

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Mélusine Reloaded, Laure Gauthier, éditions José Corti

Jour chômé_un temps pour soi. Derrière la porte close, choisir un livre, se laisser appeler. MÉLUSINE RELOADED > une fée pour recharger les batteries, trouver des munitions, celles du vivre et du créer. Un conte écoféministe, un roman dystopique… oui sans doute… mais avant tout un geste.

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Gérard Macé, Silhouette parlante, éditions Gallimard, par Etienne Faure

Pour celles et ceux qui ont la chance de lire régulièrement Gérard Macé, c’est toujours le sourire aux lèvres qu’ils abordent un de ses nouveaux ouvrages. Car cette voix très distincte, distinguée, feutrée – et même féroce– nous a habitué à lire avec cette légère distance focale entre les lignes de la vie qu’il donne à voir sous forme d’essais, de notes, de déambulations, de colportages…

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François Bordes, Zone perdue, par Anne Mulpas

Zone perdue – fragments d’itinérance. Je reprends ma chronique. Sa première version date déjà d’il y a trois semaines. A L’ours & la vieille grille. Sa deuxième version s’impose après mon cheminement dans l’exposition Rothko. Me voici au troisième temps du texte, à moins que ce ne soit le quatrième, le centième…

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Étienne Faure, Vol en V, éditions Gallimard – par Anne Gourio

Comme on suit, fasciné, la trajectoire des oiseaux migrateurs, le dernier recueil d’Etienne Faure puise dans le ballet aérien de leur « vol en V » un sens de l’élan, du franchissement, du frayage qui se nuance en légères et souples inflexions au fil des espaces traversés à tire-d’aile…

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Frédérique Guétat-Liviani, Il ne faudra plus attendre un train, éditions LansKine – par Étienne Faure

Ce recueil emprunte son titre à l’une des trois parties qui le composent : si c’était le cas, (passe) ; il ne faudra plus attendre un train. En découvrant cette composition, on pense spontanément à un ensemble où viendrait s’intercaler le texte de (passe). Puis l’œil et l’oreille distinguent vite une même voix, dans ces deux pans, deux partis pris formels différents dans le cheminement de l’écriture de Frédérique Guétat-Liviani.

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Le journal des poètes 1/2022 – par Nicolas Rouzet

Le Journal des Poètes, numéro 1 de l’année 2022 – La langue est aussi frontière, nous dit Jean-Marie Corbusier, pratiquer un art, c’est toujours ouvrir quelque chose qui est présent autour de nous. C’est d’un même esprit d’ouverture que témoignent les poètes luxembourgeois auxquels est consacré le dossier présenté par Florent Toniello. Ici les langues dépassent les frontières, elles se chevauchent…

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