Note de lecture

Stig Dagerman, La seule chose insensée est d’accepter le possible, préface de Philippe Geneste, Quiero, 2025, 96 p.

Publiés en France par Maurice Nadeau à partir des années 1960, les principaux écrits de Stig Dagerman (1923-1954) ont depuis été traduits en français. Il est désormais considéré comme l’un des plus grands écrivains suédois du milieu du XXe siècle et J. M. G. Le Clézio le cita avec admiration lors de son discours de réception du prix Nobel de littérature en 2008[1].

De son vrai nom Stig Halvard Jansson, il est né le 5 octobre 1923 dans un petit village au nord de Stockholm, Älvkarleby, et sera d’abord élevé par ses grands-parents paternels car sa mère l’abandonne à sa naissance. Il rejoindra ensuite son père à Stockholm. Ce dernier est militant syndical et, en 1941, le jeune Stig s’inscrit aux Jeunesses syndicalistes et commence à écrire pour Arbetaren, le journal de la Sveriges Arbetares Centralorganisation (Organisation centrale des travailleurs suédois), en abrégé la SAC – une organisation syndicale fondée en 1910, proche du syndicalisme révolutionnaire et des idées libertaires. À partir de 1945 et durant quatre ans, il publie de nombreux livres dans divers genres, du roman au théâtre et à la poésie en passant par des récits journalistiques qui rencontrent tous le succès auprès du public suédois. Sur le plan personnel, il épouse Annemarie Götze en 1943 : c’est une réfugiée allemande dont la famille avait dû fuir le nazisme et dont le père, un militant anarcho-syndicaliste, était menacé dans son pays natal. En 1950, il divorce et se remarie trois ans plus tard avec l’actrice Anita Björk. Il se suicide l’année suivante. Le thème du suicide apparaît dans son premier roman, Le Serpent (1945). De plus son état dépressif et son incapacité à poursuivre son œuvre à partir de 1949 amènent souvent les commentateurs à insister sur la psychologie du personnage et à n’aborder son œuvre que sous cet angle-là.

La lecture de ce petit recueil vient heureusement compléter ce que l’on peut lire de l’auteur d’Automne allemand en français. Il contient quinze articles de presse et deux lettres, écrits entre 1943 et 1954. Rappelons d’abord que le pseudonyme choisi par l’écrivain est « Dager ». Cela signifie « lumière du jour, espoir » et revenons aux textes. Pour Dagerman, « la littérature n’est pas une affaire personnelle mais au contraire une urgence publique ». En décembre 1949, alors que l’on arrive au milieu du XXe siècle, il précise quels sont ses espoirs : « Je les mets dans une littérature qui combatte sans ménagement en faveur des trois droits inaliénables de la personne humaine enfermée dans le système des blocs et des organisations de masse : la liberté, la fuite et la trahison. Je veux dire la liberté de ne pas avoir à choisir entre l’anéantissement et l’extermination, je veux dire fuir du prochain champ de bataille où se prépare la fin du monde, et trahir tout système qui criminalise la conscience et l’amour du prochain. » Au seuil d’une nouvelle année, il souligne que « la seule chose certaine est peut-être qu’au cours de l’année écoulée, il est devenu encore plus difficile d’être un homme, et que les difficultés ne seront pas moindres au cours de l’année qui vient ». Son seul vœu est donc de voir « l’esprit rebelle se perpétuer ». En 1954, enfin, il constate que la période se caractérise comme une « semi-guerre dont on n’entrevoit pas la fin ».

Quand Dagerman commence à écrire, la Deuxième Guerre mondiale bat son plein mais son pays parvient à conserver sa neutralité jusqu’à la fin du conflit. Elle n’en domine pas moins tous les esprits, en particulier pour lui dont la première femme est la fille d’un réfugié antinazi allemand. Quand il met fin à ses jours le 4 novembre 1954, c’est toujours la guerre, désormais « froide », qui oppose frontalement deux camps, ne voulant laisser de place à aucune alternative. Si « la seule chose insensée est d’accepter le possible », que faire quand on ne peut plus tenter l’impossible ?

Charles Jacquier

 

[1] Lire le dossier Stig Dagerman de la revue Europe (n° 1129, mai 2023) qui contient un entretien avec Le Clézio et des contributions, entre autres, de Claude Le Manchec, Georges Ueberschlag, Thierry Maricourt et Philippe Bouquet.

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