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N° 11, novembre 2013 – Ecrivain invité

Maura Del Serra

Née en 1948 à Pistoia en Toscane, Maura Del Serra est une personnalité majeure de la littérature italienne et européenne actuelle. Elle est poète, dramaturge, essayiste, traductrice, professeur de littérature italienne moderne et contemporaine, chercheur en littérature comparée à l’université de Florence. Ses ouvrages ont été traduits en de nombreuses langues.

Afin de mieux saisir l’esprit qui anime son théâtre et sa poésie, il sera utile d’offrir un aperçu rapide de son œuvre de traductrice. ainsi que des principales orientations de sa recherche critique et universitaire.

Ceux-ci la font entrer, dès les années 1970 dans un compagnonnage fidèle avec Dino Campana, essentiellement pour ses Chants orphiques (publications en 1973, 1984, 1988, 1997). Elle consacre aussi des études approfondies à l’« hermétique » Carlo Betocchi, toujours largement considéré en son pays comme un guide moral, à Margherita Guidacci, au « métaphysicien » Arturo Onofri, au prêtre-poète Clemente Rebora, à la poésie liturgique de Piero Jahier, grand traducteur de Claudel, (ouvrage pour lequel elle obtient le prix Tagliacozzo de la critique littéraire, 1986), sans compter des travaux sur Montale et Ungaretti. Tous ces écrivains sont poètes, on l’aura remarqué, et auteurs de textes marqués par une profondeur spirituelle ou explicitement religieuse.

Comme traductrice elle offre aux lecteurs les voix des mystiques Jacopone da Todi, George Herbert, cet autre métaphysicien, Juana Inés de la Cruz, Francis Thompson, Tagore. Mais elle est aussi en Italie la principale traductrice de l’œuvre de Virginia Woolf, une travail distingué par le prestigieux prix Carlo Betocchi en 1994, ainsi que du deuxième tome de la Recherche : A l’ombre des jeunes filles en fleur, dont elle a dirigé l’édition. Ajoutons les noms de Borges et Shakespeare, Simone Weil, Cicéron ; et terminons par deux femmes juives allemandes qu’elle fait découvrir à ses compatriotes : Else Lasker-Schüler, poète et dessinatrice, et la touchante et mystérieuse figure de l’humble Gertrud Kolmar.

Ainsi influencée, dès le début, par le courant néo-orphique italien, la poésie de Maura Del Serra, à la manière de la lyre du héros thrace, cherche à se rendre capable de captiver les choses, les êtres et les « dieux » par une mélodie que tous reconnaissent, par des accents capables de parler aux âmes aussi bien « en surface » qu’aux « Enfers ». C’est une poésie méridienne (Meridiana Florence, Giuntina, 1987; prix Dessi 1987; prix
A. Gatto, 1988), qui montre la concorde de ces deux univers (Concordanze – Poésie 1983-1984, Florence, Giuntina, 1985), mais, toujours, à partir des plus humbles réalités de la vie. En un mot peut-être, comme on pourra avoir un aperçu dans les inédits, remarquablement rendus par André Ughetto, que propose notre revue, Maura Del Serra, en harmonie avec les voies qu’elle explore, pratique une écriture de l’accord, dense et cristalline tout à la fois, tissée d’oxymores, de chiasmes et de toute la gamme des métonymies.

Plusieurs des figures rencontrées dans le reste de son œuvre (Simone Weil, Juana Inés de la Cruz et, récemment, la compagne de jeunesse d’Augustin d’Hippone) se retrouvent dans son théâtre. Mais cette fois-ci, Maura Del Serra explore la tension que de telles femmes et de tels hommes, profondément aimantés par cette vérité qui, découverte en eux-mêmes, les relie secrètement à tous les êtres, éprouvent paradoxalement avec le monde atrophié et conformiste qui les entoure. Plusieurs prix ont également récompensé ce versant de sa création, dont le prix international Flaiano en 1992 pour une pièce inspirée du mythe de Méléagre : Le fils, parue dans “Oggi e domani”, n. 10.

En 2000, le prix de la Culture de la Présidence du Conseil des Ministres est venu couronner l’ensemble de son œuvre.

Pour une information plus complète on pourra se reporter et à son site personnel : http://www.nuovorinascimento.org/delserra/home.htm (Bibliographie, biographie, etc.)

KDB